Produits locaux : où faire des courses responsables ?

Délaisser les grandes centrales de distribution alimentaire pour revenir à la source, en diminuant le nombre d’intermédiaires, voilà un véritable engagement sociétal. “Il s’agit bien de sauver l’humanité et une bonne partie du vivant”, lance d’emblée Arnaud Brulaire, auteur du livre “Tous Consom’acteurs”, investi dans la sensibilisation au changement climatique, à l’autonomie et à la réalité du bilan carbone.

“Acheter à la ferme, c’est renouer avec les saisons, sortir de l’habitude du service immédiat, redevenir acteur de ce que nous consommons, et établir un échange entre les consommateurs et les producteurs”, poursuit ce spécialiste.

 Les scandales alimentaires, l’importance croissante de l’écologie, le besoin d’un retour au naturel ont initié ces nouvelles formes de consommation. Le premier confinement en 2020 a accentué cette tendance, en rappelant que sans transporteurs, les grandes surfaces ne sont pas approvisionnées. Les seuls à pouvoir fournir les consommateurs sont alors les producteurs régionaux. 

Devenir consomm’acteur et soutenir les producteurs locaux

De nombreux citoyens pensent que “les petits gestes, c’est bien, mais ça ne suffit pas”… Alors que si ! Un mouvement de fond est bien en train de s’opérer : nous sommes nombreux à essayer de faire changer les choses, à plusieurs niveaux, et les pratiques responsables des consommateurs, la demande croissante de bio, de local, de saison, renforcent l’argumentaire en faveur d’une transition de modèle. Revenir à une alimentation locale, ce n’est pas faire un pas en arrière, c’est préparer demain.

Acheter local, c’est soutenir les hommes et les femmes qui œuvrent en amont de notre assiette, et encourager indirectement l’installation de jeunes agriculteurs. Certes, en comparant avec des produits de l’hypermarché bon marché venus de loin, se fournir auprès d’un agriculteur coûte parfois plus cher. Mais en faisant ce choix, on ne se contente pas de faire provision de produits frais locaux et de saison : on finance le travail direct de celui qui produit, et non celui d’un intermédiaire.

Tout le monde peut-il changer ses habitudes ?

“Oui !”, assure Maxime de Rostolan, fondateur de Fermes d’avenir.  “À chaque famille de trouver le mix idéal selon son mode de vie et ce qu’elle considère comme important : local, bio, vente directe, livraison… La diversité d’offres est telle qu’on peut toujours trouver une solution en adéquation avec ses valeurs et sa façon de vivre.”

Acheter à la source pour consommer des produits locaux et de saison

Non seulement le choix d’acheter des produits locaux améliore le bilan carbone de notre alimentation, mais c’est aussi le meilleur moyen de cuisiner des fruits et légumes frais, venus de la région, sans jours de transport et de réfrigération qui altèrent la qualité nutritionnelle.

Si vous ne savez pas comment commencer, dites-vous qu’il faut un peu de temps pour bâtir un réseau de fournisseurs locaux. Allez-y progressivement :

  • Dans un premier temps, astreignez-vous seulement à privilégier les produits français, voire européens.
  • Puis sélectionnez les producteurs à 150 km autour de votre habitation.
  • Enfin, créez des regroupements pour diminuer encore le bilan carbone des déplacements nécessaires pour faire vos courses. La clé, c’est la mutualisation.

Créer un réseau d’entraide pour consommer local ET responsable 

Avaler des kilomètres seul(e) dans sa voiture pour acheter des produits chez différents producteurs du cru : l’équation n’est pas si écolo. À moins qu’il vous soit possible d’aller chercher vos carottes à vélo ou à pied, l’option covoiturage est à étudier. Entre voisins, amis et famille, pensez à regrouper les achats pour limiter les déplacements et obtenez ainsi de meilleurs tarifs.

  • Commencez par créer un groupe WhatsApp entre voisins, par exemple ! Très vite, les plus motivés livreront leurs bons plans, visiteront des producteurs, testeront des produits et partageront le tout.
  • L’idéal est de finir par établir une liste des producteurs dans un rayon de 10 à 20 km.
  • Demandez aux fermes les plus proches comment elles vendent leur production : dans une boutique sur place, sur les marchés, en Amap ?
  • Parlez aussi de votre démarche autour de vous, le bouche-à-oreille compte beaucoup.
  • Sur Facebook, recherchez un groupe d’entraide en tapant le nom de votre département + “sans supermarché”. Vous pourrez rejoindre une communauté pour échanger les bonnes adresses et tenter par exemple un défi du type “un mois sans supermarché”.

Faites le plein d’originalité auprès des producteurs

“Acheter à nos fermiers permet aussi de dénicher des spécialités régionales, explique David Mangin, membre de l’association Envi D’Avre (27). Fleurs comestibles, miel de fleurs de lierre, safran, confitures et chutney… J’ai trouvé tant de richesses autour de chez moi ! Je fais aussi des demandes spécifiques à ‘mes’ producteurs, comme des yaourts à la confiture de coings de la région”, dévoile-t-il.

Linda Louis, auteure du blog cuisine-campagne.com a, elle, découvert une alternative aux noix de cajou : les graines de chanvre locales. Le plus ? “Les produits sont d’une fraîcheur irréprochable, non emballés dans du plastique”.

Est-ce vraiment moins cher de faire ses course à la ferme ?

Difficile de dire si les achats à la ferme font systématiquement grimper la facture alimentaire mensuelle… car on n’achète pas au producteur les mêmes produits qu’en grande surface ! Les écarts de prix sont aussi variables selon les régions, les saisons. Globalement, les produits de qualité coûtent autour de 30 % plus cher environ. Mais avec un peu de chance, on peut trouver du qualitatif à un prix sensiblement égal. Pour réussir à manger local tout en maîtrisant votre budget :

  • Achetez des produits bruts et cuisinez-les.
  • Pensez à la viande biologique en caissettes de 10 kg (12 à 15 €/kg) chez le producteur, à partager entre voisins, famille, amis… voire à congeler.
  • Les petits fromages sur le marché n’excèdent pas 1,50 € à 2 €/pièce et sont de qualité.

Comment diminuer le coût des paniers ?

“La viande représente une grosse part du budget alimentaire, et l’élevage est le principal poste d’émission de gaz à effet de serre dans l’agriculture. En réduire sa consommation (moins de viande, mais de meilleure qualité) permet de faire d’une pierre plusieurs coups : en libérant une part de son budget, on peut augmenter la qualité des autres produits que l’on achète, tout en réduisant l’impact environnemental de son assiette”, répond Maxime de Rostolan. 

Je peux me déplacer : en magasin ou chez le producteur

  • Dans les fermes locales et les magasins de producteurs : vous avez là l’opportunité de créer un lien avec les producteurs.
  • Dans les microfermes : L’Escargot tranquille, en Mayenne, par exemple.
  • Dans les magasins de producteurs et les épiceries locavores : consultez la plateforme magasin-de-producteurs.fr.
  • Au marché : assurez-vous quand même, surtout dans les grandes villes, de la provenance des produits… Direct producteur ou négociants de Rungis ?
  • Dans un supermarché coopératif tels que La Louve à Paris, Scopéli à Nantes, Le Chaudron Coop à Versailles…
  • Dans les jardineries qui proposent des rayons marché et produits du terroir, mettant en valeur des produits issus de coopératives et d’artisans locaux ; par exemple, les Fermes de Gally dans les Yvelines, qui proposent aussi des cueillettes à la ferme.
  • Chez Biocoop : ces coopératives bio informent sur les origines des produits, et assurent des garanties sur les conditions de rémunération des producteurs.

Je veux me faire livrer : à un point de retrait ou à domicile

  • Les Amap (Associations pour le maintien de l’agriculture paysanne) permettent de s’engager, via une adhésion de 6 mois ou 1 an, renouvelable, pour soutenir des producteurs locaux en précommandant à l’année des paniers de saison. Comptez 19 € le panier pour 2 personnes pour une semaine. Bonus : la majorité des producteurs d’Amap respectent les certifications bio. Seul (petit) bémol : on ne choisit pas ses produits livrés. Il faut savoir improviser !

“L’AMAP est le seul système qui garantit au producteur de vivre correctement de son travail”, insiste Sodeh Hamzehlouyan, administratrice du réseau Amap IDF.

  • La Ruche qui dit oui : cette plateforme d’économie collaborative propose un système de commandes à la carte et ponctuelles. Les producteurs sont sourcés à 150 km du domicile et livrent dans une des 12 000 “Ruches” de France. Si cette formule est plus confortable que l’Amap (pas d’engagement, commande en ligne, vaste choix), les prix sont plus élevés.
  • Les magasins Biocoop ou Naturalia fournissent des paniers bio venus d’agriculteurs.
  • Les fermes en ligne : tapez dans un moteur de recherche “consommer des produits locaux” suivi du nom de votre département pour découvrir les possibilités. Certaines fermes livrent leurs produits via des plateformes web telles que drivefermier.fr (par Bienvenue à la ferme) ou encore alancienne.co, réunion de producteurs engagés en agroécologie qui promettent des végétaux cueillis le matin même, livrés chez vous en région parisienne le soir.

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Megnafi Abdessamad

Dr. en Pharmacie

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