Vaccin AstraZeneca et thrombose: âge, symptômes, traitements

Début mars 2021, les premiers cas de thromboses atypiques ont été signalés chez des personnes vaccinées avec le vaccin du laboratoire AstraZeneca contre la Covid-19, le Vaxzevria. Mi-mars, la France a suspendu la vaccination avec ce produit, avant de la reprendre. 

Le 7 avril, l’Agence européenne du médicament (EMA) a fait le point et réitéré sa confiance dans le vaccin AstraZeneca. Elle continue néanmoins à enquêter sur ces effets secondaires, rares mais graves. Sur les 25 millions de personnes qui, principalement en Europe, ont été vaccinées avec Vaxzevria, 86 cas de thromboses ont été signalés dont 18 décès.  

Ce ne sont pas des thromboses comme les autres

On parle de thrombose lorsqu’un caillot sanguin bouche une veine. Le plus souvent, le phénomène se produit au niveau du mollet ou de la cuisse, après une immobilisation prolongée (opération chirurgicale, voyage en avion…), déclenchant une phlébite. À ce stade, le principal risque est que le caillot se fragmente, parte dans la circulation sanguine et se bloque dans une artère du poumon provoquant une embolie pulmonaire, potentiellement fatale. 

Les thromboses liées au vaccin AstraZeneca sont d’une autre nature : 

  • Elles ont une localisation inhabituelle : elles touchent le plus souvent le cerveau (thrombose veineuse cérébrale sinusale) ou l’abdomen (thrombose de la veine splanchnique, une veine du réseau qui irrigue le foie, la rate et le pancréas). Mais elles peuvent aussi être «multisites» et toucher simultanément le cerveau, l’abdomen, les membres inférieurs ou supérieurs.
  • Elles sont liées à une réaction immuno-allergique : ce mécanisme n’est pas du tout observé lors d’une phlébite classique. « Ces thromboses surviennent dans le contexte de la réponse immunitaire liée au vaccin. Dans ce cas, le vaccin induit une réaction immunitaire excessive avec la fabrication d’anticorps spécifiques qui vont se fixer sur les plaquettes sanguines (cellules impliquées dans la coagulation, NDLR) et les détruire. Le taux de plaquettes  va donc baisser. C’est ce qu’on appelle une thrombopénie. Dans le même temps, ces plaquettes vont s’activer et s’agréger – même si elles sont moins nombreuses – ce qui va aboutir à la formation de caillots de sang », explique la professeure Marie-Antoinette Sevestre-Pietri, présidente de la Société française de médecine vasculaire.

Cette cascade d’événements ressemble à la thrombopénie induite par l’héparine, une réaction immuno-allergique rare qui se manifeste chez certains patients traités par cet anticoagulant. « C’est la raison pour laquelle on surveille régulièrement le taux de plaquettes de ces patients », ajoute la spécialiste de médecine vasculaire.

La survenue de ces thromboses concerne principalement le vaccin AstraZeneca

Le 7 avril, l’Agence européenne du médicament (EMA) a reconnu qu’il pouvait y avoir un lien entre le vaccin AstraZeneca et la survenue de thromboses. Mais elle maintient que « le bénéfice de ce vaccin en prévention de la Covid-19 est supérieur au risque de thromboses » et prévient une maladie qui – il faut le rappeler – tue des milliers de personnes chaque jour dans le monde.

Concernant les autres vaccins disponibles en Europe contre la Covid-19, l’EMA  a relevé quelques cas de thromboses, mais un nombre pas plus élevé que la normale. En l’occurrence : 35 cas de thromboses de sinus veineux cérébral sur 54 millions de personnes vaccinées avec le vaccin Pfizer, 5 cas avec le vaccin Moderna (sur 4 millions de vaccinés) et 3 cas avec le vaccin Johnson et Johnson (sur 4,5 millions de vaccinés). 

Le risque est très faible comparé aux autres thromboses

Pour remettre les choses en perspective, la professeure Sevestre-Pietri rappelle que « le risque de thrombose lié aux facteurs habituels (immobilisation après une chirurgie…) est 1 000 fois plus élevé que le risque de thrombose lié au vaccin AstraZeneca. Quant à la contraception orale, elle expose à un risque de thrombose 500 fois plus élevé. »

Le mode d’injection ne semble pas en cause

Certains ont évoqué un mode d’injection inadéquat (en intraveineuse plutôt qu’en intramusculaire) pour expliquer la survenue de ces effets indésirables. Mais pour le Pr Sevestre-Pietri, ces explications semblent « un peu farfelues ». « On ne voit pas pourquoi injecter directement dans une veine provoquerait un changement dans la réponse immunitaire », précise-t-elle.

Les femmes jeunes sont plus exposées à ce risque

Parmi les patients qui ont développé une thrombose atypique après avoir été vaccinés, 90 % sont des femmes, pour des raisons qui restent encore inexpliquées. « Les experts de l’EMA qui ont eu accès aux rapports de pharmacovigilance n’ont pas vu de facteurs prédisposants », souligne l’experte. 

Ces personnes victimes de thrombose sont plutôt jeunes. Mais, là encore, il n’est pas possible d’expliquer pourquoi. Un élément important : lors de son lancement, le vaccin AstraZeneca était destiné principalement aux moins de 65 ans, les vaccins à ARN messager (Pfizer ou Moderna) étant réservés aux plus âgés. Depuis l’apparition d’effets secondaires de type thrombose, la France réserve le Vaxzevria aux plus de 55 ans

Pour les moins de 55 ans qui ont déjà reçu une première dose, la deuxième doit se faire avec un vaccin à ARN avec un intervalle de 12 semaines, selon un avis de la Haute autorité de santé du 9 avril.

Il vaut mieux se faire vacciner contre la Covid-19, même avec des facteurs de risque

Différentes situations augmentent le risque de thrombose, notamment la prise d’une contraception orale, la grossesse, les antécédents de phlébite ou les troubles de la coagulation (par exemple la mutation du gène du facteur V Leiden qui touche 5 % de la population). 

Faut-il en conclure que les personnes concernées devraient éviter le vaccin AstraZeneca ? La réponse du Pr Sevestre-Pietri est sans appel : « Au contraire, il faut se faire vacciner ! Car le mécanisme de thrombose lié à ce vaccin est complètement différent des thromboses classiques. »

Un traitement anticoagulant ne protège pas

Les patients sous traitement anticoagulant ne semblent pas protégés contre le risque de thrombose lié au vaccin. Il y a trop peu de cas dans le monde pour en tirer des conclusions. Une chose est sûre, ces patients ont un profil pathologique qui les expose à une forme sévère de Covid-19. Raison de plus pour se faire vacciner.

Il n’y a pas de traitement préventif contre le risque de thrombose lié au vaccin

À ce jour, aucun traitement ne permet de prévenir le risque de thrombose lié au vaccin. La professeure Sevestre-Pietri déconseille fortement la prise d’aspirine, un médicament qui aide à fluidifier le sang. « L’aspirine est associée à un risque important de saignement digestif. Par ailleurs, il n’est pas certain qu’elle soit efficace contre le mécanisme immuno-allergique des thromboses liées au vaccin. »

Il faut surveiller certains signes pendant 1 mois après l’injection

Par précaution, il est conseillé de surveiller l’apparition de certains symptômes, dans le mois qui suit l’injection du vaccin AstraZeneca. « Après la vaccination, il peut se produire une petite réaction inflammatoire avec de la fièvre et mal à la tête. Cette réaction ne doit pas durer plus de 48 à 72 heures. Si ces symptômes persistent, notamment le mal de tête, des troubles de la vision, des difficultés à parler ou à marcher, il faut consulter rapidement  un médecin », rappelle la spécialiste de médecine vasculaire. 

Autre signes à surveiller : l’apparition de difficultés respiratoires, une douleur dans l’abdomen ou dans la poitrine, des douleurs au niveau des membres inférieurs ou supérieurs, des saignements anormaux…

Une prise en charge a été définie en cas de signes suspects

Différentes sociétés savantes se sont associées pour mettre au point la prise en charge des patients présentant des signes de thrombose après une vaccination anti-Covid. 

Tout commence par une prise de sang, pour vérifier le taux de plaquettes et repérer l’éventuelle présence d’anticorps dirigés contre ces plaquettes.

Un scanner du corps entier est également réalisé, parfois avant d’avoir les résultats biologiques, pour repérer la présence de caillots, en particulier au niveau du cerveau et de l’abdomen. 

Si une thrombose est diagnostiquée, un traitement anticoagulant spécifique est mis en place immédiatement.

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Megnafi Abdessamad

Dr. en Pharmacie

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